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24 mai 2011

Du Jazz au rayon bio ou de l’humain à la décadence

Publié par cyrilcouet dans Du blablabla

Quand je repense aux supermarchés de mon enfance, j’ai l’impression que c’est un domaine où rien n’a évolué. Des allées, des caisses, du monde. J’avais une trouille bleue, c’était de perdre mes parents. Cet endroit me paraissait tellement gigantesque, et ça me paraissait tellement facile de se perdre… Une horreur, pourtant je ne crois pas mettre déjà perdu dans les rayons : Est-ce d’ailleurs possible ? L’autre souvenir que j’ai, et pour une fois c’est le sujet du jour, c’est la musique d’ambiance. Je me souviens qu’à Euromarché ou à Continent  (je réalise soudainement que les noms des grandes surfaces ont changé), il y avait toujours cette musique, du jazz. Oui, vers la fin des années 70, la grande distribution mettait du jazz pour aider à choisir ses carottes, son café, ses biscottes…  Les bêtes du marketing, les rois de la vente, les Dieux de la sociologie du consommateur n’existaient pas ou s’ils exerçaient déjà, leurs longues études montraient une hausse du chiffre d’affaire grace au jazz. Du mauvais  jazz, certes, mais du jazz quand même ; Du « easy listenning » comme ils disent de l’autre côté de la Manche, sauf qu’en réalité, c’était loin d’être easy à écouter voire très hard à entendre.  Dans ma tête de môme, le jazz est devenu synonyme de supermarché. Je hais le jazz. Ma sœur hait les épinards, moi c’est le jazz (j’avoue quand même que les épinards, ce n’est pas mon truc non plus). En grandissant, j’ai bien essayé d’écouter des jazzmen soi-disant grandissime, non je n’y arrive pas, je ne supporte pas le jazz. Merci Monsieur Continent, merci Monsieur Euromarché, à cause de vous, je suis allergique un genre de musique certainement majeur. 

A côté de chez moi, ils viennent d’ouvrir un « Carrefour Planet ». Nous sommes à l’ère du développement durable, du bio, du vert, de l’écologie responsable, il fallait donc que la grande distribution s’y colle : « Carrefour Planet ». Ce nom, pour un endroit d’hyper consommation, sonne bien, les types de la com’ ont fait du bon boulot. A l’intérieur, ça ressemble à un supermarché normal avec des endroits un peu plus chics donc probablement un peu plus cher : Les types du marketing ont mal fait leur travail. Mais le plus surprenant, et je ne sais pas si ce sont les sociologues, les ergonologues, les psys ou les artistes du 5eme  qui l’ont décidé, c’est qu’il n’y a plus jazz : fini. La nouvelle génération d’enfants aura donc peut-être la chance d’admirer ou d’aduler Sydney Bechet, Miles Davis, Chet Baker, Louis Armstrong ou encore Charlie Parker .  Le jazz, c’est has been, ça ne permet plus de vendre les yaourts, les tomates ni les couches. Au rayon « fruits et légumes », vous entendez un chant d’oiseau (-1- à cette saison, je comprends, j’attends l’hiver, pour voir ce qu’on aura, -2- je ne blague pas). Vers le rayon poissonnerie, les mouettes vous accompagnent (c’est toujours pas une blague, je peux vous filer l’adresse de mon centre de ravitaillement)… Je ne connais pas les autres rayons, mais je crois avoir compris le concept… Je suppose qu’au rayon « fromage », une vache ou peut-être sa cloche vous accompagne dans le remplissage de votre caddie. Au rayon « volailles », le bruit de la basse-cour vous rappelle qu’il existait une époque ou ces animaux connaissaient la ferme. Espérons que ces génies de la vente ont été ambitieux et qu’ils ont poussé le principe à fond. J’aimerais donc un bêlement au rayon textile (pour les vêtements en laine uniquement, pour le coton, je n’ai pas encore trouvé), des hurlements d’enfants vers le rayon bébé. Soyons fous, un bruit de fraise de dentiste au rayon « hygiène » devrait booster les ventes de brosses à dents, une sirène de pompier à la parapharmacie devrait éviter quelques accidents. Et comme je n’ai peur de rien, les sons d’un abattoir pour la boucherie et une bonne chasse d’eau vers le papier toilette (pour ce dernier, j’avais d’autres idées plus brutes, mais ces bruits plus intimes ayant tendance à éloigner le lecteur, je me suis abstenu).  Mon supermarché est à la hauteur d’un orchestre…Pour compléter le concept, d’autres artistes du 6eme étage du centre de réflexion de Carouf (à moins que ce ne soient les sociologues, les ergonologues, les psys ou les gars du marketing) ont décidé d’ajouter l’odeur au son. 

A la reflexion, je vais peut-être me mettre un petit morceau de jazz. 

2 Réponses à “Du Jazz au rayon bio ou de l’humain à la décadence”

  1. Céline dit :

    Bravo à toi de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ! Le jaaazzzz c’est snob et gonflant (pléonasme). Bon, dans mes souvenirs d’enfant pleins du Radar de Massy (devenu Cora), il y avait cette horrible musique, dans mon Carrefour actuel de la porte d’Auteuil plus cher qu’un Monop’, y’a pas de jazz (quoique je ne suis pas sure parce que je commande par internet, certainement un signe de mon traumatisme des samedi PM passés chez Radar !!) Pour moi, le jazz c’est synonyme de musique d’ascenseur, celui de la Tour Eiffel et aussi des ascensceurs des hôtels aux US (et notamment, je l’ai vérifié cet hiver, celui du Sofitel à NY, comme quoi le jazz n’adoucit pas les moeurs de tout le monde…)Sinon, le jazz c’est aussi l’insupportable radio FIP ou France Info en grève… Mais THE QUESTION IS : que pense ton maître à penser, Claude A., du jazz ?? Question subsidiaire : y-a-t-il un lien entre ton traumatisme des épinards (2 fois que tu en parles), ta grande soeur et le jazz ?

  2. Céline dit :

    PS : A quand un bon petit Higelin bien sautillant au supermarché ?

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